Léona Peck - Juliette Monty (1952-1967)

Il était une fois un homme qu’on appelait Ti-Rouge à cause de sa tignasse rousse frisée.  Sa femme et lui  eurent 11 enfants qu’ils élevèrent sur une ferme.  Un jour, Léona proposa à son épouse, Juliette, d’aller habiter au village.  Il rêvait de devenir commerçant.  C’est ainsi qu’ils vendirent leur terre et achetèrent le magasin général de Sainte-Anne de la Rochelle où toute la famille aménagea.

 

C’était un tout petit magasin, la plus grande partie  du bâtiment abritant des appartements.  À cette époque,  un très long comptoir en occupait presque toute la longueur.  Aucune allée, aucun panier roulant.  Le client se tenait devant et le commis veillait à lui fournir la majeure partie de la marchandise demandée.  Longeant les autres murs, des tablettes rendaient certains articles accessibles à l’acheteur.

De grands tiroirs contenaient de la farine, du sucre, de la cassonade, des fèves et des pois à soupe qu’on vendait à la livre.  Sous un autre comptoir, on retrouvait des boîtes de biscuits vendus aussi à la pesée.   De la moulée pour animaux ainsi qu’un service de cordonnerie étaient également offerts.Il y avait un abattoir attenant à la bâtisse où Léona abattait des bœufs et des porcs provenant des cultivateurs de la région, qu’il débitait par la suite sur le bloc de boucher dans le magasin.

 

Évidemment, on allait chez le marchand général pour s’approvisionner en denrées, articles divers et essence, mais c’était aussi un lieu de rassemblement pour les gens du village.  Léona fut un des premiers à acquérir une télévision qu’il installa au fond du magasin afin d’en faire profiter les villageois.  Une bouteille de liqueur à la main, les clients s’asseyaient  sur une des chaises disponibles ou sur une boîte de clous et regardaient la populaire émission: « La famille Plouffe ».  Le dimanche, c’était la lutte qui attirait bon nombre de téléspectateurs.  Le magasin général était un lieu de rencontre où les gens aimaient s’enquérir des dernières nouvelles, jaser et prendre leur temps.  C’était aussi un endroit familial.  La cuisine des Peck communiquait directement avec le magasin par une porte intérieure.  Lors des repas familiaux, un membre de la famille était assigné à aller servir les clients qui entraient.    De tous les enfants Peck-Monty, Paulette fut celle qui s’impliqua le plus dans le commerce familial « Épicerie L. Peck ».

Lucien Duff - Muguette Peck (1967-1982)

C’est Muguette, une des plus jeunes de la famille Peck qui finalement, prit la relève, en 1967.  Apprenant que son père désirait vendre le commerce, elle et son mari, Lucien Duff, décidèrent de l’acheter.  Ils firent l’acquisition d’une roulotte qu’ils installèrent dans la cour du magasin et ils y emménagèrent avec leur jeune fille de 5 ans.  Lucien connaissait très bien le domaine, ayant auparavant travaillé dans un magasin général ainsi que dans un marché d’alimentation.

 

Cependant, durant la première année, c’est Muguette qui géra en grande partie le commerce de Ste-Anne de la Rochelle.  Ils décidèrent que Lucien conserverait son emploi de laitier jusqu’à ce que le magasin devienne assez rentable pour faire vivre leur famille.

 

Le jeune homme cumula alors deux emplois. Dès qu’il terminait ses livraisons de lait, il venait prêter main forte à son épouse. Ils réussirent à fidéliser une clientèle grâce à des prix raisonnables et à un service courtois.  Muguette se servait des profits récoltés pour les réinvestir aussitôt afin de développer le commerce.  Elle posa de la tapisserie sur les murs, augmenta peu à peu l’inventaire et 6 mois plus tard, ayant besoin de renfort, engagea son neveu.

L’année suivante, en 1968, Lucien mit un terme à son emploi de laitier afin de travailler à temps plein au magasin.  Il y avait de plus en plus d’ouvrage chez Duff.  Ils continuèrent le commerce de débitage de bœuf, de porc et de gibier durant le temps de la chasse en plus de se tailler une place importante au niveau de la vente au détail parmi les boucheries et les charcuteries de la régions.

 

Le couple décida d’effectuer de multiples rénovations.  Le long comptoir de bois fit bientôt place à un petit comptoir blanc. Des étagères et des allées permirent aux clients de circuler dans le magasin.  Ils modernisèrent le commerce pour répondre aux besoins de la clientèle qui préférait maintenant pousser son panier et choisir elle-même sa marchandise.  Planchers et plafonds furent redressés autant dans le commerce que dans les logements.  Tout l’intérieur fut rénové de fond en comble.

 

Comme plusieurs commerçants des alentours, Muguette et Lucien firent la demande d’un permis de vente de boissons alcoolisées.   La paroisse de Ste-Anne de la Rochelle étant un lieu de pèlerinage,  ce n’est qu’après deux ans de persévérance qui ont mené à un référendum tenu auprès des citoyens du village, que le couple put enfin obtenir la permission de vendre de l’alcool.  Ils continuèrent à augmenter leur inventaire autant en épicerie, boucherie, quincaillerie que vêtements et chaussures de travail, à la grande satisfaction des clients.

 

Bien sûr, les habitudes des consommateurs avaient évolué, mais Muguette et Lucien avaient su s’adapter aux nouveaux besoins de la clientèle.  Leurs deux enfants, Annick et Michaël furent pratiquement élevés dans le magasin.  L’aînée apprit à travailler au commerce familial dès qu’elle sut compter.

Michel Tessier - Annick Duff (Depuis 1982)

Annick Duff et Michel Tessier se fréquentaient depuis déjà 3 ans lorsqu’ils manifestèrent le désir de devenir les nouveaux propriétaires du Marchand Général Duff.  Michel y était déjà employé depuis un an.  C’est ainsi qu’ils commencèrent, à l’âge de 19 ans, à gérer le commerce familial aidés de  Muguette et Lucien qui s’assurèrent de bien transférer l’entreprise aux nouveaux propriétaires en y restant actifs encore quelques temps.

 

Les 5 premières années, le jeune couple travailla ensemble au commerce.   C’est lorsqu’ils eurent leur troisième enfant, que d’un commun accord, il fut décidé qu’Annick allait rester à la maison  avec les enfants tout en s’occupant de la comptabilité du commerce et de tout ce qu’elle pouvait faire à partir de chez elle.  Ils eurent l’aide précieuse d’employés venant pour la plupart du village.

On décida d’agrandir le magasin par l’intérieur en transformant le logement du bas en quincaillerie pour augmenter l’inventaire et faciliter l’accès à la marchandise.  Michel modernisa la caisse enregistreuse en installant un nouveau système informatique  à la fine pointe de l’heure, simplifiant ainsi toutes les transactions. Ils eurent 7 enfants qui ont tous travaillé au magasin à un moment ou à un autre, y  apprenant d’importantes valeurs : le respect, l’intégrité, l’honnêteté, l’entraide, la satisfaction du travail bien accompli et du service rendu…  Quelle belle école de vie!    Les plus jeunes y travaillent encore à temps partiel.

 

Après 30 ans,  les propriétaires ont réalisé plusieurs changements dans l’aménagement intérieur du magasin qui désormais, se donne des airs de «  jeune vieux » avec un chaleureux cachet d’ancien temps.  L’extérieur a aussi  commencé une cure de rajeunissement qui se poursuivra durant les prochaines années!

 

Quelle belle surprise pour Annick et Michel lorsque Danaé, leur 3e enfant,  exprime le désir de s’impliquer dans le commerce familial!  L’expérience qu’il a acquise en travaillant au magasin  depuis qu’il est très jeune, alliée à plusieurs années d’études en administration, lui ont permis de cultiver la fibre de l’entreprenariat. D’un dynamisme contagieux et porteur d’idées innovatrices, Danaé arrive comme une bouffée d’air frais qui rajeunit le commerce familial.   Ce métier le passionne!   C’est donc en 2014 que Le Marchand Général Duff voit arriver la 4ème génération!